Ce qui distingue une pelle rail-route d’une pelle classique

Une pelle rail-route part d’une base de pelle hydraulique, le plus souvent sur pneus, à laquelle le constructeur ou un transformateur spécialisé ajoute un châssis renforcé, deux lorries ferroviaires, un circuit de freinage adapté et une couche d’électronique de sécurité. Quatre caractéristiques la différencient d’une pelle de terrassement ordinaire.

  • Un rayon de rotation arrière très court. Sur une voie double, le contrepoids ne doit pas engager le gabarit de la voie contiguë. Atlas annonce 1 575 mm pour sa 1404 ZW ; AMT propose des rayons de 1 570 à 2 000 mm selon le contrepoids.
  • Une flèche adaptée au travail sous caténaire : flèche à volée variable ou en trois parties avec déport, qui permet de travailler près de la machine sans monter haut. Mecalac indique que sa 216MRail travaille sous caténaire à 4,28 m aussi bien au plus près de la machine qu’à portée maximale.
  • Une vocation de manutention : la pelle rail-route lève des rails, des traverses, des coupons de voie, des appareils. Elle est équipée de clapets de sécurité sur les vérins, d’un contrôleur d’état de charge et relève de la réglementation des appareils de levage.
  • Des sécurités ferroviaires : limiteurs de hauteur et de rotation, blocage de l’essieu oscillant, éclairage de voie, avertisseur, mise à la terre. Elles sont détaillées dans la page sur les dispositifs de sécurité.

Les trois familles de tonnage

Les compactes sur chenilles, autour de 10 à 13 tonnes

Ces machines interviennent là où une pelle sur pneus ne passe pas : gares, tunnels, tramways, emprises étroites. Sur rail, les chenilles sont relevées et la machine repose sur quatre roues acier motrices. Mecalac propose dans sa série MRail les 106MRail (10 t, flèche à volée variable avec déport de série) et 136MRail (13 t, dispositifs de sécurité compatibles EN 15746 et possibilité de remorque à freinage pneumatique). AMT convertit des pelles sur chenilles de 10 et 20 t à système ferroviaire fixe, rayon arrière inférieur à 1 570 mm.

Les pelles sur pneus de 15 à 19 tonnes

C’est le format polyvalent des entreprises de travaux de voie : assez léger pour se déplacer facilement par la route, assez puissant pour la pince à traverses, le godet ballast et la débroussailleuse. On y trouve la Mecalac 156MRail, l’Atlas 1404 ZW (17 à 20 t, 95 kW), la Geismar KGT-V encore très présente sur le marché de l’occasion (19 t), et l’entrée de la gamme Vaia Car, que son distributeur français Acomat situe entre 15 et 25 t.

Les pelles sur pneus de 20 à 25 tonnes

Ce segment répond aux chantiers de renouvellement : dépose et pose de coupons de voie, manutention d’appareils, traction de remorques lourdes. Liebherr y positionne l’A 922 Rail Litronic, de 20 400 à 23 400 kg en ordre de marche, avec un moteur de 120 kW (163 ch) et une double pompe à cylindrée variable de 2 × 220 l/min à circuits indépendants. Mecalac annonce pour la 216MRail (21 t) une capacité de levage jusqu’à 8 t sur rails, grâce à un centre de gravité abaissé et une tourelle centrée. UNAC décrit sa 22TRR comme une machine de 24 t, dont 9 t de contrepoids, animée par un moteur Caterpillar C4.4 de 108 kW. S’y ajoutent l’Atlas 1604 ZW (21 à 23 t, 115 kW), la Caterpillar M323F rail-route (24 t, lorries hydrostatiques), les Geismar KGT 220 et KGT 280, ou encore l’Excarailer 235LR développée par Neotec avec Volvo.

Exemples de pelles rail-route — données publiées par les constructeurs ou leurs distributeurs
Constructeur et modèleBaseMasse annoncéeParticularités publiées
Liebherr A 922 Rail LitronicPneus20,4 à 23,4 tMoteur 120 kW ; pompe double 2 × 220 l/min ; plusieurs châssis selon écartement
Mecalac 216MRailPneus, 4 roues directrices21 tLevage jusqu’à 8 t sur rails ; travail sous caténaire à 4,28 m ; EN 15746 et NF F 58-003
Mecalac 106MRail / 136MRailChenilles10 t / 13 tFlèche à volée variable avec déport ; freinage pneumatique de remorque sur 136MRail
UNAC 22TRRPneus, rayon court24 t dont 9 t de contrepoidsLorries hydrostatiques ; 23 km/h sur rail, 30 km/h sur route ; freins multidisques
Atlas 1404 ZW / 1604 ZWPneus17 à 20 t / 21 à 23 t95 kW / 115 kW ; rayon arrière à partir de 1 575 mm ; système CARSY
Caterpillar M323F rail-routePneus24 tTransmission par lorries hydrostatiques ; flèche à volée variable
Geismar KGT-VPneus19 tModèle ancien, répandu en occasion ; gamme actuelle KGT 220 et KGT 280
Vaia Car (gamme V)Pneus15 à 25 t selon modèleConstructeur italien distribué par Acomat ; conformité EN 15746 annoncée

Ces valeurs sont celles des documentations commerciales consultées ; elles varient selon la configuration (contrepoids, flèche, lorries, écartement). Seule la plaque de la machine et sa fiche d’agrément font foi pour un engin donné.

Constructeurs et transformateurs : deux modèles industriels

Le marché réunit deux types d’acteurs. Les constructeurs intégrés conçoivent la pelle et son système ferroviaire comme un tout : Liebherr, Atlas, Mecalac, Caterpillar avec sa M323F, ou les italiens Vaia Car et Colmar, spécialisés dans le ferroviaire. Les transformateurs partent d’une pelle de grande série et y greffent leur propre système rail : le français UNAC a par exemple transformé des pelles sur pneus pour Eiffage Rail ; Geismar, Neotec ou AMT procèdent de même sur des bases de différentes marques. Dans les deux cas, la conception du système rail se réfère à la norme EN 15746 et l’engin doit obtenir son agrément national avant de travailler sur le réseau : voir la page conformité et agrément SNCF Réseau.

Lire une fiche technique de pelle rail-route

ÉTAPE 01Masse et contrepoids

La masse en ordre de marche conditionne le transport routier et la charge par essieu sur rail. Vérifier la configuration de contrepoids.

ÉTAPE 02Rayon de rotation arrière

À comparer à l’entraxe des voies du chantier : c’est lui qui détermine le besoin de limitation de rotation.

ÉTAPE 03Abaques de levage sur rail

Charges admissibles selon la portée, en travers et en long, avec et sans dévers. Elles sont inférieures aux valeurs sur stabilisateurs.

ÉTAPE 04Système d’entraînement

Friction ou lorries hydrostatiques, sous-catégorie EN 15746, vitesse sur rail, charge remorquable freinée.

ÉTAPE 05Hydraulique auxiliaire

Débit et pression des lignes d’outils : ils décident des accessoires utilisables.

ÉTAPE 06Agrément

Numéro, date de validité, limites d’emploi : dévers, déclivité, hauteur sous caténaire.

Le point le plus souvent sous-estimé est l’abaque de levage sur rail. La base d’appui d’une pelle enraillée se réduit à l’écartement de la voie, soit 1 435 mm : la stabilité transversale est bien moindre que sur route, et le dévers de la voie la dégrade encore. C’est pourquoi les machines récentes intègrent un contrôle de charge qui tient compte de l’orientation de la tourelle et, pour certaines, du dévers mesuré. Le débit hydraulique auxiliaire, lui, décide de la compatibilité avec les accessoires et outils rail-route.

Neuf ou occasion : vérifier l’agrément avant le prix

Une pelle rail-route d’occasion sans agrément valide, ou modifiée sans mise à jour de son dossier technique, ne peut pas travailler sur le réseau ferré national. Avant tout achat, demander la fiche d’agrément, le carnet de maintenance, les rapports de vérification périodique et la notice d’instructions en français.

Quelle qualification pour le conducteur ?

La recommandation R.482B de l’Assurance Maladie classe la pelle hydraulique rail-route dans la catégorie B3, « engins rail-route à déplacement séquentiel », dont le test inclut la circulation en mode rail et l’enraillement ; le CACES est valable 10 ans et l’autorisation de conduite reste délivrée par l’employeur. FerroTalents prépare pour sa part aux catégories B1 et E : le CACES R482 catégorie B1, celui de la pelle hydraulique classique, constitue un socle utile et souvent demandé, sans remplacer la B3 pour le mode rail. S’y ajoutent une formation propre à l’engin — enraillement, limiteurs, freinage sur rail — et les prérequis de sécurité ferroviaire. Côté accompagnement, l’agent chargé de guider l’engin relève du module TES M + TSA E (AP LAM / S9). Les dates ouvertes figurent dans la rubrique sessions.

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Questions fréquentes

Quel tonnage choisir pour une pelle rail-route ?

Tout dépend des charges à lever sur rail et des accès. Autour de 10 à 13 t pour les emprises étroites, les tramways et les tunnels ; 15 à 19 t pour la maintenance courante de la voie ; 20 à 25 t pour le renouvellement, la manutention de coupons et la traction de remorques. Le critère déterminant est l’abaque de levage sur rail, pas la masse seule.

Pourquoi les pelles rail-route sont-elles à rayon court ?

Parce que sur une ligne à plusieurs voies, le contrepoids en rotation ne doit pas engager le gabarit de la voie voisine, où des trains peuvent circuler. Un rayon arrière réduit, de l’ordre de 1,6 à 2 m selon les modèles, limite ce risque et réduit le recours aux limitations de rotation.

Une pelle rail-route peut-elle tracter des wagons ?

Elle peut tracter des remorques ferroviaires adaptées, dans les limites fixées par son agrément. Les constructeurs prévoient des circuits de freinage de remorque, pneumatiques ou hydrauliques. La charge remorquable dépend du freinage de la remorque et de la déclivité. Le référentiel SNCF interdit en revanche de former des trains de lorrys automoteurs.

Quels constructeurs sont présents sur le marché français ?

Parmi les marques vérifiées : Liebherr (A 922 Rail), Mecalac (série MRail), Atlas (1404 et 1604 ZW), UNAC (22TRR), Geismar (gamme KGT), Caterpillar (M323F rail-route), Vaia Car distribué par Acomat, Colmar, Neotec avec l’Excarailer sur base Volvo, et le transformateur néerlandais AMT.

Quel CACES pour conduire une pelle rail-route ?

Le CACES R.482 catégorie B3, réservée aux pelles hydrauliques rail-route, complété par une formation propre à l’engin et par l’autorisation de conduite de l’employeur. La catégorie B1, que prépare FerroTalents, couvre la pelle classique et reste un socle utile. Le CACES seul ne couvre ni l’enraillement, ni la circulation sur rail, ni les règles de sécurité ferroviaire.

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